lundi 30 novembre 2015

16-18.11.2015 : Kanchanaburi : Smile and simply let go


* Dans le parc national Erawan *

J'ai finalement suivi les Autrichiens rencontrés à Ayutthaya à Kanchanaburi. Ce n'était pas du tout dans mes plans, j'avais plutôt prévu d'aller à Sukhothaï. Mais je ne voulais pas être seule, et ils m'ont proposé de les accompagner.

Kanchanaburi, c'est surtout le pont de la rivière Kwaï et la « Voie ferrée de la mort ». En 1942, en pleine Seconde Guerre Mondiale, les Japonais se lancent dans le projet de construire une gigantesque ligne de chemin de fer qui doit relier Bangkok à Rangoun en Birmanie. Et ce sont les travailleurs forcés et des prisonniers de guerre qui vont devoir bâtir les 415 km de voie ferrée qui séparent les deux villes. Le projet, qui devait être achevé en trois ans, sera en fait finalisé en un an et demi, ce qui laisse imaginer les conditions de « travail » de tous ceux qui y mirent leurs mains, et dont plus de la moitié sont – comme c'est étonnant – morts.

Aujourd'hui, à Kanchanaburi, le passif un peu glauque du fameux pont au-dessus de la rivière Kwaï ne transparaît pas. Il faut sans doute aller dans les musées prévus pour ça, mais je les ai personnellement évités. Sur le pont, les touristes marchent sur les énormes rails. Parfois, un train qui fait plus ou moins le tour de la ville traverse tout doucement la rivière – alors on se pousse sur les plateformes prévues à cet effet. Autour, il y a quelques magasins, et au bord de la rivière, des restaurants illuminés la nuit, qui ressemblent à des petites lucioles, vues d'en haut. Evidemment, les prix y sont plus chers pour une nourriture moins savoureuse. C'est le jeu. C'est quand même là que nous sommes allées avec Roxanne, une Néerlandaise rencontrée dans l'auberge que j'occupe ici. C'est assez drôle de se retrouver là, dans cette ambiance romantique. On se croirait à un rencard.

Roxanne travaillait avant dans un cabinet d'avocat, mais la pression, le rythme de travail – et pourquoi ? - tout ça l'a fait fuir. Alors, elle voyage. Elle voudrait peut-être devenir coach personnel, car elle a elle-même traversé une période de transformation radicale, et elle pense pouvoir aider les autres à trouver en eux les clefs pour faire de même. Elle aussi ressemble à une force de la nature, toute en muscles, un ton ferme, décidé, mais toujours avec un rire au coin des lèvres. Elle voyage seule, elle aussi, et nous avons décidé d'aller ensemble voir les cascades du parc national Erawan, le lendemain.

C'est donc avec elle que je pars, le matin, en minibus, direction le parc national. Je n'ai pas retrouvé mes Autrichiens. Le plan initial était que nous passions une nuit à Kanchanaburi avant de prendre le train de nuit pour Chiang Maï. Nous avions même réservé nos billets en partant d'Ayutthaya. Mais arrivée sur place, j'ai réalisé que le temps serait trop court pour voir les cascades et repartir dans la même journée à Ayutthaya pour prendre le train de nuit. Je leur ai proposé de rester une nuit de plus et de prendre le train le lendemain, mais mon frère, Clément, qui connaît bien l'autochtone autrichien, m'a confirmé qu'on ne pouvait pas changer comme ça de plan à la dernière minute au risque de provoquer une crise cardiaque.

J'ai finalement changé mon billet toute seule, et c'est à eux que je pense, sur le chemin des cascades. La route est superbe, et les fenêtres ouvertes provoquent un courant d'air chaud particulièrement agréable pendant cette journée brûlante. Je pense à mes Autrichiens, et je me dis que j'ai pris la bonne décision. J'essaye de ne pas oublier ça, que je suis venue tout à fait égoïstement pour moi, que c'est mon voyage, et que je ne peux pas – je ne dois pas – m'accrocher désespérément aux autres pour me sentir plus en sécurité, au risque de ne pas faire ce que je voulais faire. Affirmer ses choix, ses envies. C'est un peu ce que je suis venue chercher, non ? Alors je pense à eux que je ne reverrai peut-être pas, et je chante dans ma tête : « I'll smile and I'll simply let go ».



Ces pensées, ce voyage entre les collines... je me suis sentie légère en arrivant au parc national. Les cascades d'Erawan s'élèvent sur sept niveaux, au milieu de la jungle, et sont séparées par environ 1 km les uns des autres. A chaque étape, on peut s'y arrêter pour se baigner. Roxanne a convié une autre personne avec nous, une Américaine dont je n'ai pas retenu le nom. Elle paraît jeune, et parle très peu. Au bout du quatre ou cinquième niveau, Roxanne décide de s'arrêter pour profiter de l'eau, et je continue avec l'autre. Nous montons les niveaux restant en silence. Arrivées au sommet, nous découvrons comme un petit bassin où l'eau, entre blanche et bleue, fait presque mal aux yeux tellement elle brille. L'eau coule sur les rochers à différents endroits. On croirait presque être arrivé au Paradis. Je crois honnêtement qu'il s'agit d'un des plus beaux endroits qu'il m'ait été donné de voir jusque là. Nous nous baignons, avec la jungle autour de nous. Nous nous asseyons sur les rochers, les pieds à l'abri des dizaine de poissons qui viennent nous bouffer les orteils dès qu'on les laisse traîner (fish spa gratos) et nous restons là pendant, quoi ? Vingt minutes ? Et nous ne nous dirons pas un mot, pendant vingt minutes. Mais étrangement, sa présence calme, douce, m'apaise énormément. Elle n'a pas envie de parler, moi non plus. Il n'y a pas d'efforts à faire.







C'est peut-être con, mais on aurait dit que ces vingt minutes de silence partagées nous ont rapprochées.

Sur le chemin du retour, nous échangeons un peu plus sur nos vies respectives. Nous nous arrêtons à une autre cascade où les rochers ont pris la forme d'un toboggan sous le passage répété de l'eau. Nous nous motivons l'une l'autre pour tenter l'expérience - « If you do it, I do it ». J'ai presque l'impression de me retrouver en dernière section de maternelle, quand celle qui allait devenir mon amie d'enfance (ou bien est-ce que c'était moi qui ai fait le premier pas ?) est venue me voir pour me demander : « Tu veux être mon amie ? ». J'ai dit oui, et il n'y avait pas besoin de dire plus. Pas besoin de se vendre, de se séduire ou de briller en société. Mon Américaine m'a demandé si je voulais monter jusqu'à la septième cascade et j'ai dit oui. Pareil. Parfois, il suffit de s'asseoir sur des rochers et de ne rien se dire, par consentement mutuel.


Alors voilà, petite mademoiselle, je n'ai pas retenu ton prénom et j'en suis vraiment désolée. Nous n'avons pas échangé nos coordonnées et les au revoir ont été très brefs. Mais je suis bien contente que tu ais été ma copine d'un jour et je te promets que je ne t'oublierai pas. Et à toi aussi, je te « smile » et « simply let go ».  



P.S. : "I'll smile and I'll simply let go" vient de la chanson "Burning this bitch down" de Sight Like December. 

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