lundi 23 juin 2014

21.06.2014 : Archive - la fête de la musique 2012

A l'occasion de la fête de la musique, j'ai retrouvé des archives vidéo inédites de notre groupe qui sera connu comme groupe vintage au XXIIème siècle : Me & My Shark.  



dimanche 2 février 2014

08.01.2014 : Le texte que je n'ai pas écrit - ou mes derniers mois à Lund.



Je n’avais plus envie d’écrire. Ou plutôt, je ne trouvais pas le temps d’écrire. A la fin de l’été, alors que la date de mon retour en France devenait une évidence, alors qu’elle avait été validée et que je comptais les semaines jusqu’à ce qu’elle arrive, le temps m’a échappé. Il s’est mis comme en travers de mon chemin, comme deux gros phares de voiture que je regardais tétanisée au milieu de la route. Un truc tout à la fois inévitable, fascinant et terriblement effrayant. La fin d’une histoire me tombait sur la gueule et j’étais incapable de trouver les mots ou de réagir pour raconter cette fin. Et je dois l’avouer : je n’ai jamais, jamais été capable de terminer une histoire.

Durant cette période, je prenais chaque jour le bus de Ringhornegränden au Sodertull Vardcentral en pensant avec nostalgie qu’il s’agissait d’un de mes derniers trajets. J’accrochais mes yeux à toutes les briques de Botulfplatsen et je passais mon temps à vouloir goûter chaque dernières secondes passées à tel ou tel endroit. Sauf que ces dernières secondes ont duré trois mois et que je n’ai fait qu’attendre avec frayeur et en silence qu’arrive la dernière pendant tout ce temps.

Pourtant, j’avais des choses à raconter. Un long texte sur mes histoires avec l’Histoire m’a longtemps trotté dans la tête. Il m’est venu alors que je visitais le château de Kronborg– prétendument le château de Hamlet – à Helsingor au Danemark avec mes parents. Ce château est célèbre pour sa position stratégique sur l’Oresund – l’étroit bras de mer qui sépare la Suède du Danemark. Il a été le tableau de nombreuses batailles qui ont façonnée  l’histoire de l’Europe du Nord, car qui contrôlait l’Oreseund contrôlait l’entrée sur la mer baltique, et tout ce qu’elle permettait en terme de commerce.



* Arrivée à Helsingor par le bateau de Helsingborg *

L’atmosphère du site aujourd’hui est particulière, les Danois n’ayant peut-être pas autant à cœur de créer une sorte d’atmosphère historique reconstituée– qui vire parfois au kitsch – dans leurs vestiges : ici, pas de fausses tavernes pour recréer un faux Moyen Age. Les cafés modernes et les boutiques de petits créateurs ont leur place autour des douves du château. Mais si les installations interactives disséminées dans les appartements vides en pierre de cet édifice du XVIème siècle ne m’ont pas particulièrement émue, la gigantesque salle de bal avec ses tentures sombres, et plus encore les longues galeries creusées sous le château pour y mettre l’armée en cas d’attaque, ont, elles, beaucoup titillé mon imagination. Je me suis souvenue comme je visitais passionnément les châteaux de la Loire avec mes parents quand j’étais enfant, et comme je m’inventais des histoires formidables dont j’étais l’héroïne en traversant ces pièces qui me propulsaient directement dans d’autres existences. Et ca, ca faisait bien longtemps que je ne l’avais pas fait.

La semaine suivante, je suis allée visiter un village viking avec Laure, à quelques kilomètres de Malmö. Ici, des gens s’emploient à reconstituer la vie telle qu’elle était vécue à l’époque des vikings. Nous y avons rencontré Pär, viking professionnel depuis vingt ans. Pär nous a raconté les légendes d’Odin, de Thor, de Fray et de Loki, les dieux vikings. Il nous a expliqué comment les vikings ont accepté les nouveaux dieux sans pour autant renier les anciens - tout du moins dans « son » village. Mais il nous a surtout parlé de sa vie de viking au XXIème siècle. Comme beaucoup d’autres, Pär habite la plupart du temps dans des villages vikings reconstitués et vit selon les codes de l’époque. Certains le font comme un hobby, quelques semaines par an. Ce jour-là, par exemple, un Allemand était arrivé pour passer quelques jours dans ce village précis. Dans sa vie viking, il était boulanger, et le pain qu’il faisait était merveilleux.

Mais pour Pär, être un viking est un travail à temps plein. Il participe parfois à des tournois, et exhibe ses tatouages eux aussi faits à l’ancienne, avec une aiguille que l’on plante sous la peau point par point pour créer de gigantesques motifs.



 * Pär, viking professionnel *

Pär, quelque part, vit la vie dont je rêvais étant petite.  Ma plus grande frustration alors était de ne pas pouvoir totalement vivre les histoires que j’inventais. Même si je pouvais rester des heures entières seule avec elles à l’intérieur de ma tête, ne voyant même plus le monde autour de moi, toujours la réalité trouvait le moyen de s’infiltrer et de tout détruire. Pär, lui, avait réussi à faire vivre son imaginaire dans le réel (sans pour autant être fou).

Toutes ces histoires avec l’Histoire me restaient donc en tête, et j’ai finalement conclu ce long texte que je n’ai pas écrit quelques semaines plus tard, en Italie. Je suis partie pour mon travail passer quelques jours à OZU, une ancienne fabrique de bonbons transformée en centre culturel et lieu de résidence pour artistes à Monteleone Sabino, un petit village perdu au milieu des montagnes Sabines. L’endroit était magnifique, et l’équipe qui gérait le lieu nous a accueillis comme des rois et des reines. Chaque jour, on nous servait des plats cuisinés avec des ingrédients qu’ils produisaient eux-mêmes. J’ai encore dans la bouche le goût des bruschetta aux truffes qu’une jeune fille du village avait trouvées le matin en promenant son chien dans la forêt. Cette semaine ne fut qu’une succession d’enchantements, de la soirée passée à apprendre à faire des pâtes fraiches avec les mamma du village, à la dégustation d’huile d’olive, jusqu’à la baignade dans un lac artificiel au cœur des montagnes. Dans ce lac, aucune des personnes vivant dans le coin ne vient s’y baigner. Il a été crée par Mussolini, qui voulait construire un barrage à cet endroit, et a pour cela fait inonder la vallée et les villages qui s’y trouvaient. Au fond de ce lac, il y a encore des maisons, des églises, et la mémoire de ceux qui y habitaient : trop de mauvais souvenirs qui font fuir ceux qui vivent dans la région. Et c’est ainsi partout : chaque pierre, chaque rue, chaque champ renferme une histoire, exhale un parfum qui mêle tout à la fois le passé et la légende.



* Un banquet à OZU *

En déambulant dans ces paysages chargés d’images et d’imaginaire, je me suis à nouveau prêtée au jeu auquel je jouais étant petite. Les habitudes sont revenues. Et cette même semaine – coïncidence ou clin d’œil du destin ? – lors d’un atelier, on nous a demandé d‘écrire ce que nous voulions faire quand nous étions enfant, et ce dans quoi nous aimerions investir plus de temps aujourd’hui. Ma réponse fut la même aux deux questions : raconter des histoires.

Et pourtant, ce long texte plein d’histoires auquel j’ai pensé pendant trois mois, je ne l’ai pas écrit. Je n’ai pas commencé d’autres histoires non plus. Je suis restée dans un entre-deux et j’ai lentement laissé se consumer fin 2013. Et puis, le mercredi 18 décembre, j’ai fermé la porte de mon appartement à Lund. Et l’émotion n’a pas été aussi violente que celle que j’avais imaginée. J’ai tourné la clef et mis un point final à un an et demi de vie à Lund. Je suis montée dans la voiture où Nyamuk m’attendait et voilà. Comme ca, nous avons quitté la Suède. La fin que je redoutais tant est arrivée et je crois que je vais pouvoir à nouveau écrire. A commencer par ce texte que je n’ai pas écrit.


dimanche 4 août 2013

04.08.2013 : Une semaine à Paris (ou voir la vie en myope).



 Or donc, mon année en Suède s’est finalement prolongée. Depuis le mois d’avril, j’ai été officiellement engagée comme chargée de communication au même endroit où je faisais mon Service Volontaire. Quatre mois aujourd’hui, et quatre mois qui se sont avérés chaotiques. Entre les voyages pour le travail en Lettonie, en Espagne et à Marseille et les allers-retours à Paris pour voir Nyamuk, j’ai l’impression d’avoir passé plus de temps entre deux avions que chez moi. D’ailleurs, je ne sais plus vraiment où se situe chez moi. A force de bouger, mon appartement suédois est devenu un peu étranger et je recommence à penser à ma vie parisienne. Je viens d’ailleurs de passer trois semaines en France. Quand j’ai quitté Paris il y a plus d’un an maintenant, je n’appréciais plus vraiment la ville. Il y avait trop de choses à faire, trop de gens à voir, trop de monde, trop de métro, trop de tout, et plus rien n’avait de goût. En Suède, j’ai presque eu l’impression de me purger. Et les premières fois où je suis revenue en France étaient un calvaire tant je me sentais submergée par toute cette activité.

Mais cette fois, au cours de ces quelques semaines en France,  j’ai enfin redécouvert le plaisir de vivre à Paris. J’ai repris mon activité favorite, qui consiste à marcher dans la ville pendant des heures avec mon casque sur les oreilles. Et j’ai revisité des lieux qui m’étaient chers mais que je ne prenais plus le temps d’aller voir. Exemples.

Un thé glacé au Jardin du Luxembourg.



J’ai passé toutes mes années de fac (ou presque) près du Jardin du Luxembourg et pendant un temps, je ne pouvais plus le voir en peinture. Et puis, en voulant aller voir l’exposition Chagall là-bas avec Nyamuk, j’ai redécouvert les grandes pelouses, les fontaines, et cette ambiance très parisienne bourgeoise et bucolique. Le Jardin a gardé un esprit très Paris fin XIXème, avec ses chaises en fer forgé, les petites buvettes  et les kiosques où l’on peut écouter des concerts classiques. Finalement, nous avons délaissé l’expo Chagall pour Angelina (le café) où j’ai bu le meilleur thé glacé jamais dégusté jusque là. Une explosion de saveurs fleuries qui allaient parfaitement avec l’éclair au café qui l’accompagnait et la chaleur étouffante de cette journée.

La forêt vierge de l’Hôtel Amour.




* Un restaurant gastronomique * 

Pour l’anniversaire de Laure, nous sommes allées déjeuner à l’Hôtel Amour. Nous y avons découvert une terrasse luxuriante, sur laquelle les tables sont noyées sous des cascades de verdure. En dégustant une salade de poulpe et un sandwich au homard, des petites feuilles coulaient des arbres et voletaient sur nous. On se serait presque cru dans un film de Walt Disney - jusqu’à ce qu’on entende les commentaires désagréables du management à l’égard des serveurs (pourtant adorables). A croire qu’il faut toujours être imbuvable quand on travaille dans un lieu « hype ».

Les massages de l’Espace YonKa.
La première fois que je suis allée dans un institut de beauté, c’était à l’Espace YonKa, près de Sèvres Babylone. J’avais eu droit à un massage sous une pluie chaude d’huiles essentielles. Rien que le nom fait rêver. J’y suis retournée plusieurs fois par la suite en y entraînant des copines. On commence toujours par glousser devant les culottes en papier qu’on doit mettre avant le soin – passage obligatoire – avant de sombrer dans un océan de béatitude dans les salles de massage enveloppées dans de la lumière tamisées et de la musique aux sonorités asiatiques. Après plusieurs essais, chaque fois pour un soin différent, je n’ai toujours pas été déçue. Et je squatte toujours avec bonheur leur « espace bien-être » où l’on peut rester autant de temps qu’on le veut, à boire des tisanes fraîches, loin du bruit extérieur.

Se recentrer à Rasa Yoga Rive Gauche.
Avant de partir en Suède, j’essayais de suivre au moins un cours de yoga par semaine – de préférence du Vinyasa ou du Yin yoga. Mais là-bas, j’ai clairement perdu le rythme. A Lund, c’est principalement le Power yoga qui est privilégié, un yoga modernisé à l’américaine qui se concentre sur la tonicité de la silhouette en mettant de côté la partie méditation. On médite quand même un peu pour le folklore… mais de toute façon, quand on ne parle pas un mot de suédois, c’est un peu dur de suivre le guide.

J’ai donc retrouvé presque avec soulagement mon Rasa Yoga Rive Gauche. Il m’a toujours suffi de pousser la lourde porte en bois qui donne sur la cour intérieur d’un immeuble parisien pour, déjà, me sentir détendue. Au fond de la cour, on rentre dans un espace de calme où tout le monde a l’air un peu shooté au zen. La grande verrière de la grande salle de yoga fait entrer toute la journée une lumière douce, paisible. On chuchote, on sourit. On oublie le reste du monde.

Après ces quatre mois passés dans les nuages, à découvrir constamment de nouveaux lieux et de nouvelles personnes, je ressentais le besoin de rester un moment toute seule avec moi-même. J’ai donc privilégié le Yin yoga, un type de yoga doux pendant lequel on tient la même posture pendant plusieurs minutes en se concentrant sur la respiration et la détente musculaire. S'étirer en se recentrant. 

Ces pauses m’avaient cruellement manqué. J’en sors toujours avec la bonne résolution de pratiquer régulièrement… mais on ne trouve pas des Rasa Yoga à tous les coins de rue.

La galerie des impressionnistes du Musée d’Orsay.



L’impressionnisme n’est pas nécessairement mon courant de peinture préféré. Je suis bien plus attirée par les courants qui sont venus après – expressionnisme, fauvisme, et surtout, la peinture de la sensation. Mais l’impressionnisme a eu le mérite d’ouvrir la porte à tout le reste. J’ai souvent du mal à vraiment m’émouvoir devant leurs tableaux car il reste encore trop de trace de l’anecdote, du prosaïque : je n’arrive pas à m’approprier leurs peintures, comme j’expliquais après avoirvu le musée Munch à Oslo. Mais malgré tout, leurs tableaux me font parfois du bien. Malgré tout, je suis restée longtemps devant la Femme s’épongeant le dos de Degas, j’ai été hypnotisée par les sanguines de Maillol, et surtout son Nu à genou et j’ai même été prise de vertige devant la Femme à l’ombrelle de Monet. Dans toutes ces œuvres, il y avait un moment banal, intime, souvent solitaire. Mais là encore, les sentiments du personnage – ou l’émotion du peintre – éclaboussait tellement la toile qu’on ne voyait plus une peinture mais un voyage. La peinture devenait réelle et mouvante à travers les sensations qu’elle racontait.

Finalement, j’aimerais voir le monde à travers des yeux d’impressionnistes. J’aimerais pouvoir tomber éperdument amoureuse de tout ce que je vois autour de moi et imprégner chaque moment du quotidien d’une émotion forte.

Il faut je crois être un peu poète ou un peu myope pour ça.

On a mis pas mal de temps avant de s’apercevoir que j'étais myope comme une taupe. Je me souviens de la première fois que j’ai regardé le ciel, la nuit, avec des lunettes. Tout d’un coup, les étoiles étaient beaucoup plus nettes qu’auparavant. Ca m’a paru incroyablement ennuyeux et beaucoup moins beau. Avec mes yeux de myope, elles paraissaient beaucoup plus grandes – floues mais radiantes. La réalité est bien plus belle quand elle est un peu déformée.

C’est peut-être ça la solution.

Ne plus mettre mes lentilles mettrait peut-être un peu de piment dans tout ça.


samedi 3 août 2013

09.07.2013 : Une carte postale de la Turquie (Navigating by the stars)



Nous sommes allongés à l’avant de notre voilier, le Volantis. Nous sommes partis de Bodrum il y a trois jours pour une semaine sur ce bateau de quinze mètres, à naviguer entre les îles grecques et turques. Une semaine à contempler l’horizon qui change de couleur toutes les heures,  à s’arrêter sur des plages désertes qu’on ne peut atteindre que par la mer, à guetter le crissement de la ligne de pêche indiquant qu’un poisson a finalement mordu à l’hameçon, une semaine à s’émerveiller du bleu profond autour de nous et du calme de l’eau à la nuit tombée, une semaine encore à se croire aventuriers, à hisser la grand voile et à tourner le winch, tête échevelée et peau salée.

Il fait maintenant nuit noir au large de Knidos. Nous avons jeté l’ancre à une dizaine de mètres d’une crique entourée de hautes montagnes rocailleuses. Nous ne découvrirons la plage de sable blanc et la maison isolée d’un ermite qu’au matin, quand le soleil se lèvera. Pour l’instant, l’horizon reste un mystère.  

On vient d’éteindre la lumière fixée en haut du mât, et tout d’un coup, le paysage nocturne s’est révélé et nous a cloué le bec. Soudain, le ciel est apparu, noir, comme un gigantesque gouffre incrusté de diamants. Ce n’est pas la première fois que le ciel nous émerveille : je me souviens encore de la Laponie et de son univers glacé, cette impression d’une pluie argentée qui se serait figée au dessus de nos têtes. Mais cette fois, ce n’est pas pareil. La nuit est plus sombre encore, il n’y a personne, personne autour de nous que de l’eau et l’ombre des montagnes qui se découpe entre les étoiles. En fixant la nuit, j’ai presque l’impression d’être absorbée par un trou noir.

En dessous de nous, le bateau tangue légèrement, monte et puis redescend, suit les mouvements de la houle sur un rythme régulier.

Dans ma main, je sens ta main qui me réchauffe la peau.

Ce n’est pas tant la nuit qui m’émeut ce soir que ce que nous en faisons.

Combien de fois ai-je rêvé de ce moment là ?
De contempler la nuit sur le pont d’un bateau, au milieu de nulle part, les yeux rivés sur les étoiles et l’épaule collée à une autre.

Allongée ici, entre ciel et mer, je repense aux hommes que j’ai cru aimer. Allongée là, avec la réalité de ta paume contre la mienne, je comprends à quel point tout le reste n’était que rêve, illusions et auto conviction, parce que j’ai toujours forcé l’amour dans ma vie pour y verser émotions et exaltation. Etendue là avec ta voix en fond sonore, je comprends que cette fois, mon rêve n’en est plus un, qu’il n’y a plus de rêve d’ailleurs, plus aucun rêve puisque tu es là et pour de vrai cette fois, puisque tout est là en fait, sur ces quinze mètres de coque en plastique, de bâbord à tribord, de la mer jusqu’au ciel, sur cet îlot qui danse entre la Grèce et la Turquie.

Voilà ce qui me fait tanguer ce soir. Ce n’est pas tant le paysage majestueux qui a nourri tant de rêves.  Des rêves, j’en ai longtemps pourchassés, mais ils ne me servent plus à rien maintenant, plus à rien du tout puisqu’ils sont tous au creux de ma main. Alors au milieu de la nuit, j’ai refourgué mes rêves à l’eau, et je pioche dans ta paume des histoires dont je ne fais plus des rêves mais un futur à vivre. 





jeudi 27 juin 2013

24.06.2013 : L’histoire de l’Ateneu Santboià et des orangers de Barcelone.



* Un graffiti à l'entrée de l'Ateneu Santboià *

L’une des choses qui m’impressionnent le plus dans le milieu dans lequel je travaille, c’est la passion à laquelle je suis confrontée tous les jours. Non pas tant la mienne, de passion, mais celles des gens qui m’entourent, celles de ceux qui depuis des années se battent dans des contextes plus ou moins difficiles pour défendre une culture indépendante, alternative,  parfois au détriment de leur vie – privée ou non.

La semaine dernière, je suis retournée à Sant Boi, près de Barcelone. J’y avais déjà passé une semaine en avril pour aider l’équipe de l’Ateneu Sanboià à mettre en place une conférence internationale, projet dont nous étions les initiateurs. L’histoire de l’Ateneu Santboià est en elle-même l’histoire d’une passion. Au début du XXème siècle, les ouvriers de la ville de Sant Boi décident de construire de leur mains leur propre lieu pour palier au manque d’activités culturelles d’expression artistique : ils veulent un endroit dans lequel se réunir, se rencontrer, danser sur de la musique traditionnelle ou assister à des spectacles de théâtre. Et puisque les gouvernements ou les pouvoirs locaux ne sont pas enclins à le leur donner, ils le feront eux-mêmes. C’est ainsi que nait l’Ateneu Santboià, de la même manière qu’est né l’Ateneu Nou Barris à quelques kilomètres de là, à Barcelone. Dans ce quartier ghettoïsé où les habitants doivent se battre constamment ne serait-ce que pour avoir accès à des conditions sanitaires acceptables, un espace culturel est bien le dernier des soucis des politiques en place. Alors, lorsqu’une usine est abandonnée dans le quartier sans réel plan de reconversion, les voisins le squattent et le transforment en un espace pour la communauté et géré par la communauté. Aujourd’hui, l’Ateneu Nou Barris est un lieu culturel reconnu qui continue ses activités au sein de ce quartier de Barcelone.



* Vue de l'extérieur *

Pour l’Ateneu Santboià, les choses n’ont pas été si simples. Dans les années 90, l’organisme qui gérait le lieu fait faillite et le bâtiment revient à la ville qui elle non plus ne sait pas bien quoi en faire. Quelques années plus tard, un groupe de jeunes de Sant Boi décident de squatter cet endroit empreint d’histoire pour lui redonner la place qu’il aurait toujours du avoir : un centre – centre de la ville (l’Ateneu est situé à quelques mètres de la gare centrale), centre pour la communauté qui s’y réunit, centre culturel et artistique. En 2001, ils ouvrent à nouveau le lieu au public, sans l’accord de la ville, et organisent depuis des concerts, des ateliers pour les voisins, des fêtes communautaires, etc. Et puis, ironie du sort, ce sera la crise économique qui leur portera chance : le bâtiment, à moitié en ruine, ne vaut plus rien et la ville ne trouve pas de repreneur. Elle finit donc par accepter que l’association l’Amic de l’Ateneu Santboià s’occupe de ce gigantesque lieu et y organise des événements publics, en gardant toujours un œil sur leurs activités. Car malgré tout, les pouvoirs en place n’aiment pas trop qu’un groupe de jeunes (sans doute considérés comme des « punks ») organisent des activités sur lesquelles ces mêmes pouvoirs n’ont aucun contrôle. Régulièrement, la ville propose à l’association des subventions, sans cacher qu’accepter ces quelques pièces changerait la donne quant aux décisions prises pour la gestion de l’Ateneu. Chaque fois, l’association refuse, et la ville continue comme elle le peut à mettre des bâtons dans les roues aux organisateurs. Cette année encore, l’Alternative Festa Major a pâti de cette situation. Cette grande fête populaire qui a lieu une fois par an entraine les habitants de Sant Boi dans un grand défilé qui passe notamment par quelques bars partenaires de l’opération. La ville n’est pas d’accord, et prévient les patrons des établissements qu’ils devront payer le prix fort s’ils participent à l’événement. Evidemment, les bars se retirent et laissent un arrière goût amer à cette fête qui sera malgré tout un succès.

Et je me retrouve là, au milieu de la réalité de tous ces gens qui luttent chaque jour pour que leur projet citoyen survive. Tous ceux qui sont impliqués dans l’Ateneu Santboià sont volontaires. Ils travaillent dans la journée et se retrouvent le soir dans les immenses jardins de l’Ateneu pour prévoir et planifier les prochains événements en buvant des bières. Ces gens se connaissent depuis tellement longtemps qu’ils sont devenus une famille. Et l’Ateneu Santboià est en quelque sorte leur héritage.


* Happy team *

Je suis confrontée tous les jours à des histoires comme celle-là, à des récits de vies consacrées à quelque chose de plus grand, qui va plus loin que mon petit quotidien parfois trop étriqué. L’histoire de l’Ateneu Santboià me tient plus particulièrement à cœur parce que j’ai vécu avec eux, dans leur maison, parce qu’ils m’ont accueillie bras ouverts dans leur mode de vie si électrique, parce que j’ai vu ce flot ininterrompu d’énergie alimenté par la fureur de défendre leur projet. Et aussi parce qu’ils paraissaient si reconnaissants que je sois là pour leur prêter main forte alors que je me sentais petite, si petite face à leur raz-de-marée de détermination.

Le fait est que j’ai toujours eu envie de m’investir dans un projet plus grand que moi-même, mais toujours, toujours quelque chose me retient. J’ai fini par accepter, pendant un moment, que je n’étais peut-être pas ce genre de personne, celles qui brulent de passion pour un projet, pour une idée, une obsession. Mais malgré tout…

Malgré tout, à la fin de la semaine à Sant Boi, après la conférence et les trois pauvres heures de sommeil que j’arrivais à avoir chaque nuit, malgré le profond gouffre dans ma tête et dans mon corps en général, je me suis trainée hors de mon lit, déterminée à aller marcher des heures dans Barcelone. Tout ça pour retrouver une place sur laquelle j’avais senti deux mois auparavant l’odeur des orangers. Une odeur qui m’avait envoutée, transportée, et raconté des nouvelles histoires. C’était mon obsession, mon objectif : je devais retrouver cette place, sans avoir la moindre idée de l’endroit où elle se trouvait. Je suis allée jusqu’à la Sagrada Familia, j’ai marché vers l’Arc de Triomphe et j’ai traversé le parc de la Ciutadella. Je me suis assise un long moment sur la plage de la Barceloneta en mangeant des calamars frits, et devant la mer, en regardant les gens autour de moi, je me suis remise à écrire. Chose que je n’avais pas faite depuis longtemps. Et j’ai senti qu’une source qui s’était éteinte depuis quelques mois revenait, doucement. J’ai compris, à ce moment là, que trouver les orangers n’avait pas vraiment d’importance, vraiment pas. C’était autre chose. Alors, je n’ai plus cherché les orangers.

Je me souviens de ce jours à Bali où la tristesse et le sentiment de ne pas être à ma place m’avait clouée au lit. Je regardais une fleur rose qui pendait devant la fenêtre et je m’accrochais désespérément à cette image. Déjà, je savais qu’après avoir quitté l’Indonésie, je voudrais y revenir, tout comme j’ai voulu à tout prix retrouver les orangers de Barcelone.  Alors, je m’accrochais à l’image de cette fleur pour y graver le souvenir de la solitude, pour ne pas m’enfermer à nouveau dans la nostalgie du passé dès que je serai revenue en Europe.

Evidemment, ça n’a pas marché. Il ne me reste de Bali que les couleurs chatoyantes, les odeurs de jasmin et les moments de rêve passés aux côtés de Nyamuk. Je n’ai plus le souvenir physique de la chaleur moite, étouffante, des difficultés de communication et de l’ennui. Les images me sont restées, pas la souffrance. Et de ces images, je fais encore aujourd’hui des histoires qui me font rêver chaque jour.

Voilà pourquoi retrouver les orangers de Barcelone n’avait plus d’importance. Ils sont déjà un rêve, une histoire qui m’alimente. Ma passion à moi, ce qui me fait me lever le matin malgré la fatigue ou les pleurs, malgré le découragement, c’est de partir à la recherche de nouvelles histoires. Et puis de pouvoir les écrire, les raconter, pour qu’elles vivent et qu’on en entende parler. Comme celle  de la famille de l’Ateneu Santboià. 


* Je n'ai pas retrouvé la place des orangers, mais j'ai retrouvé une photo. *

dimanche 21 avril 2013

06.04.2013 : Une carte postale de Bilbao.




Bilbao est une menteuse. Est-ce que tu entends dans son nom la musique des tropiques, la chaleur moite et humide que les remous du fleuve ne peuvent pas rafraîchir, le chant des oiseaux exotiques aux plumes colorées ? Moi, c’est ce que j’entendais dans ces trois syllabes en forme de vague qui riment avec « sombrero ».

Je suis arrivée ici il y a trois jours et j’y ai cru, au début, en voyant l’herbe verte de la colline, les palmiers qui bordent les trottoirs, et les maisons de toutes les couleurs rassemblées autour d’une gigantesque peinture murale. Mais j’ai rapidement compris que quelque chose n’allait pas, que Bilbao avait un secret à cacher. Je l’ai senti en faisant des tours et des détours dans une ville qui n’a pas été construite pour les piétons, qui étourdit les marcheurs en les faisant monter sur des passerelles, descendre dans des tunnels, prendre un virage à gauche, puis un virage à droite. Bilbao étourdit le voyageur pour ne pas rendre l’arnaque trop évidente. Pour ne pas que l’on voit ce qui se cache sous son maquillage.

Il y a encore trente ans, Bilbao était une ville industrielle, noire et polluée, subissant de plein fouet la crise économique des années 80. Pour la sauver, le gouvernement basque et les pouvoirs locaux ont investi dans la culture, offrant notamment à la fondation Guggenheim un musée dont elle doit gérer les collections. Le musée Guggenheim est devenu le cœur de la ville, celui qui pompe les afflux de touristes et redonne toute sa vitalité à la capitale basque, celui qui fait circuler l’économie, qui a relancé les commerces et qui fait maintenant tout fonctionner. Grâce à lui, Bilbao s’est fardée en un centre culturel de renommée mondiale. Mais son passé est toujours là. Il se sniffe à tous les coins de rue, sur chaque pavé et sur chaque mur. Bilbao est toujours aussi grise. Et ce ne sont pas quelques palmiers qui peuvent en effacer les traces.

Je pensais venir me réchauffer les os à Bilbao. Mais voilà : je suis ici depuis trois jours et je crève toujours de froid. Je marche pendant des heures sous la pluie et sous la grêle, et même après une demi-journée passée à me réchauffer dans un café, il fait toujours aussi glacial.

La vérité, vois-tu, c’est que je m’en fous de Bilbao. Je m’en fous de la pluie, de la grêle et des palmiers, je m’en fous du musée Guggenheim, de ses collections renommées et de l’énorme chien en fleur qui trône à l’entrée, je m’en fous de la révolution culturelle, je m’en fous de tout ça. La vérité, c’est que tu me manques, et que c’est dans le ventre que j’ai froid. Tu me manques, et ça, Bilbao n’y peut rien, ni les avions ou les trains que je prends tous les deux jours, ni le soleil, ni les sourires, ni les rencontres. Je ne sais plus où je me trouve et si j’aime ou non ces endroits et puis aussi ma vie. Je ne peux pas savoir ça si tu n’es pas là pour rétablir l’équilibre d’une balance qui penche toujours du mauvais côté en ton absence.

Voilà, c’est ça. Bilbao est une menteuse qui cache sa grisaille derrière d’artistiques couleurs chatoyantes. Et en cela, Bilbao est autant une menteuse que moi. 

vendredi 19 avril 2013

03.04.2013 : Comment Oslo m'a harponnée au moment où je m'y attendais le moins.




* Vue sur le fjord *

Pour le week-end de Pâques, je suis partie à Oslo avec Nadège et Alexandre. Oslo, finalement, ce n’est pas si loin de Lund : moins de six heures de route. Alors, quand nous avons réalisé ça, nous avons embarqué dans la voiture de Nadège et roulé jusqu’en Norvège.

J’avais une idée d’Oslo très… norvégienne. J’imaginais une ville plutôt petite et très verte, avec des maisons au toit rouge contrastant avec le bleu du fjord. Une sorte de Reykjavik en plus grand, en somme.

Eh bien pas du tout. Nous sommes arrivés dans une ville presque entière en travaux, hérissée de hautes tours à l’architecture hétérogène, qui mélange sans complexe des bâtiments massifs d’allure communiste et des quartiers ultra modernes qui vous balancent dans le futur. Notre première ballade était justement typique de ce drôle d’assemblage. De notre hôtel, nous avons marché vers la citadelle médiévale désertée, où des militaires en mitraillette s’occupent de monter et descendre le drapeau national. Ici, nos avions vue sur une partie du fjord, coloré par le soleil couchant. En longeant la citadelle, nous avons atteint l’énorme hôtel de ville qui n’a vraiment rien à envier à l’ère stalinienne : un énorme cube de briques rouges devant lequel une statue gigantesque fait face au port comme si elle haranguait la foule. Soit. Nous avons poursuivi notre chemin sur le port qui se prolonge en une promenade en bois bordée de restaurants et de cafés branchés. Avec un peu de soleil et de chaleur en plus, on pourrait presque se croire à Cannes. Nous avons marché le long de l’eau jusqu’à quitter les « boum boum » de la musique pour jeunes pour être tout à coup plongés dans le noir et le silence, au bout de la jetée. Autour de nous, des immeubles aux allures futuristes nous donnaient presque l’impression d’être dans un filme de science fiction.

Cette ballade à travers les rues et les âges nous a donné un bon aperçu de la diversité de la capitale qui m’a intéressée mais assez peu émue. Oslo ressemble à une ville sans passé. Peut-être parce qu’il s’agit d’une ville à l’identité finalement assez neuve. L’indépendance totale de la Norvège, sous domination danoise depuis le XVème siècle, ne date que du XIXème siècle, et le pays est resté lié à la couronne suédoise jusqu’en 1904. Pire, Oslo n’est devenue Oslo qu’en 1945 : elle était auparavant appelée Christiania, en l’honneur du roi du Danemark, Chrsistian IV. Et ce n’est qu’en 1945 que la ville décide de faire table rase du passé pour affirmer sa propre identité et reprendre son nom d’origine, Oslo, « la terre des dieux » en vieux norvégien. Oslo, finalement, n’en est presque qu’à son adolescence, et son esprit semble encore incertain, vacillant. Le quartier de Grünerlokka, par exemple, est certes très mignon avec ses petits cafés aux terrasses bondées dès les premiers rayons de soleil… mais il suffit de s’en éloigner de quelques mètres pour ne plus en ressentir l’atmosphère.

Plus ou moins convaincue que je ne tomberai pas amoureuse d’Oslo, je me suis dit que je pourrais au moins en avoir une approche plus… intellectuelle vue la richesse culturelle de la capitale. Et des choses intéressantes, il y en a à voir ! Il y  a  l’opéra, posé sur l’eau du fjord, inauguré en 2008 et qui a remporté le Prix de l’Union Européenne pour l’architecture en 2009, il y a Holmenkollen, le tremplin de saut à ski, l’un des plus vieux tremplins du monde, il y a l’incroyable parc de sculptures de Viegeland, qui raconte une vie entière par des statues massives aux formes rondes, les galeries nationales et leur riche collection d’art moderne, … il y a tout ça mais ce n’était pas vraiment ce que j’étais venue chercher.


* L'opéra d'Oslo *


* Une statue du parc de sculptures de Vigeland *


* La piste de saut à ski *

Alors,  le deuxième jour,  j’ai quitté mes acolytes, direction le musée Munch qui n’a de Munch que le nom et quelques tableaux du peintre. Le reste de la collection propose une rétrospective des peintres nordiques tout au long du XXème siècle. Cela faisait pas mal de temps que je n’avais pas mis les pieds dans un musée et surtout, il me semble bien que je n’avais jamais vu de Munch en face à face. Et dès le premier tableau, son génie m’a embrochée le cœur.

Dans « Golgotha », j’ai vu dans les traits empressés du tableau une fureur de vivre qui m’a prise à la gorge, une véritable course contre la mort. J’ai vu dans « Puberté » les sensations et la honte qui éclaboussent la toile, explosent dans les couleurs. J’ai vu aussi le refus radical du prosaïque, de l’anecdote, du fait mineur pour donner toute sa place à ce qui compte réellement. Prosaïque qui vient au contraire gâcher pour moi les tableaux de Ludvig Karsten, où les assiettes sont beaucoup trop présentes dans « From my blue kitchen », où les maisons sont trop dessinées et les visages trop identifiables, emprisonnant l’imaginaire dans une histoire du quotidien. Dans la peinture de Munch, au contraire, il y a des sentiments bruts, assoiffés de liberté, qui se laissent prendre par celui qui les regarde. Ces tableaux ne me racontent pas d’histoire, c’est moi qui en m’immergeant en eux reconstruis mon propre monde, réécris le conte avec mes propres émotions. Face à eux, je me suis sentie terriblement vivante. Je sentais avec effroi et bonheur des sentiments bouger à l’intérieur de moi, comme dans la peinture de Francis Bacon, ou devant « In Flux / Desire » d’Arnr Ekeland, aussi exposé dans le musée Munch, et qui peint sur les corps ce désir de vivre et d’échappée dévorant qui brûle la peau et étire les muscles.

Dans ces périodes de trouble et de trop, j’ai parfois tendance à oublier ces sensations qui circulent. Et soudain, elles me reviennent en pleine face, en un tourbillon d’envies  d’horizons lointains et d’ailleurs, de vie plus exaltante, et d’évasion de ces prisons dont nous avons-nous-mêmes jeté la clef. Je ressors rarement indemne de ces raz-de-marée. J’embarque alors souvent sur un bateau inconnu à la destination incertaine avec le vent du grand large dans la tronche. Ou bien j’accroche à mes pieds des boulets pour me tenir tranquille encore un moment, et je sens tout mon corps se révolter contre l’étouffement.

Quelques pas plus loin, dans ce même musée, je suis tombée sur « Harbour » d’Axel Olson, tableau surréaliste que je ne connaissais pas. Une peinture qui disait tout. La mort de ceux qui restent à quai. L’angoissant inconnu de ceux qui le quittent.

Ce tableau ma poursuivie tout le temps restant de notre séjour à Olso. J’avais dans la tête l’image de l’ancre marine et de son paradoxe, l’iode et le sentiment de voyage qui en émane tout en servant justement à stopper la navigation.


* Le port de Drobak *

Le lendemain, justement, nous avons quitté Oslo pour un petit village au bord du fjord, Drobak. Un port pour lequel le mot « mignon » semble avoir été inventé. Nous avons regardé la mer, mangé de succulents gâteaux dans un café qui ressemblait à une maison pour troll, et je me sentais libérée d’un poids. Je savais que ça n’allait pas durer. Mais ces moments me font me souvenir de ce que je veux et de ce dont je ne veux pas. Avec toutes ces nouveautés en ce moment, j’ai tendance à oublier, et ce sont des boules de larmes qui viennent parfois me le rappeler. Il va falloir que je me rafraichisse la mémoire avant que mes boulets ne me fassent toucher le fond.