dimanche 3 juin 2012

30/05/2012 : Le vol le plus long du monde.


Cette fois, ça y est.

Je n’étais pas sûre que ça arriverait un jour, mais je suis maintenant en Suède. Je vais donc travailler pour le réseau TransEuropeHalles pendant un an, et cette idée me semble encore surréaliste.

Je suis partie mercredi 30 mai, de l’aéroport Charles de Gaulle – Terminal 1. Mes parents m’ont conduite là-bas avec Nyamuk. Après avoir enregistré mes bagages, nous sommes allés prendre un café au Starbucks mais je n’ai rien pu boire ni avaler. Toute la nuit, j’avais pleuré, et encore le matin. Quand le moment des adieux est arrivé, nous avons tous craqué. Ma mère m’a fait promettre de revenir, et je leur ai demandé en retour de ne pas déprimer sans moi. Et puis, il a fallu embrasser Nyamuk pour la dernière fois avant un moment. Je lui ai demandé de me sourire en partant. Mais en montant sur le tapis roulant qui me menait au premier étage du terminal, je l’ai soudain vu s’écrouler sur l’épaule de ma mère, et je me suis sentie me briser en milliers de morceaux sur le sol, comme un objet qu’on aurait jeté violemment par terre.

Arrivée dans l’avion, j’ai senti que le stewart me regardait avec un peu d’inquiétude, moi et mes yeux rougis par tout ça. A peine assise sur mon siège – le 17 F – j’ai mis du Patrick Watson dans les oreilles, peut-être parce que je sentais que Nyamuk ferait la même chose. Et puis du Maia Hirasawa pour me rappeler pourquoi je voulais partir là-bas. En réalité, je ne sais plus bien pourquoi. J’ai toujours voulu avoir cette expérience, partir à l’étranger. J’y sentais quelque chose d’exaltant et ce pays m’attirait. Les deux voyages que j’y avais déjà faits m’avaient plu. Il me semblait qu’il y avait quelque chose de plus doux, de plus lumineux. Et puis il y avait le challenge. L’envie de vivre quelque chose d’unique. Mais je ne pensais pas que tout cela tomberait au moment même où l’une des plus belles choses qui me soient arrivées entrait dans ma vie.

Ce vol a été le plus long jamais vécu. Même les vingt heures de vol pour Bali, c'était rien à côté. Je suis passée d’une seconde à l’autre d’une profonde tristesse, à une semi excitation, avant de douter et de sombrer dans la panique la plus totale au point de vouloir faire demi tour immédiatement.

Je ne peux pas dire quels étaient mes sentiments quand j’ai atterri à Copenhague. Je ne pleurais plus et agissais plutôt méthodiquement. Mais dès que j’ai entendu la voix de Nyamuk au bout du fil, en attendant que ma valise apparaisse sur le tapis roulant, la fontaine lacrymale s’est remise en route. Et à nouveau, le vendeur auquel j’achetais une bouteille d’eau dans une petite boutique de l’aéroport m’a regardée avec une sorte de compassion.

Et puis dans le train de l’Oresund, le pont qui relie le Danemark à la Suède, en voyant la mer et les paysages nordiques, je me suis souvenue pourquoi j’aimais ce pays. Je ne saurais pas mettre des mot dessus. De l’air, du vent. Quelque chose de libre. Un endroit où je pourrai peut-être calmer le tourbillon dans lequel j’ai constamment l’impression d’être prise à Paris.

Je suis arrivée à Lund en écoutant Vincent Vincent and the Villains, « On my own », comme je l’avais fait à San Francisco. Birgitta est venue me chercher à la gare et je suis montée dans sa vieille Volvo vert foncé. J’étais encore un peu sonnée mais arrivais malgré tout à suivre ce qu’elle me disait. Nous sommes allées directement au bureau TransEuropeHalles, situé dans les locaux de Mejeriet. Mejeriet est un centre culturel doté d’une salle de concert, de cinéma et d’un espace en plein air dans lequel des projections et des fêtes sont organisées. On y trouve aussi des studios de répétition et un petit théâtre que je n’ai pas encore pu voir. Plusieurs associations cohabitent ici, de cinéma, de théâtre, et puis nous.

En guise d’accueil, Birgitta et Marian m’ont organisé une « fika ». Une petite collation courante ici en Suède. Du café, des sandwichs avec  du fromage, des fruits, des crudités. Maja, qui travaille pour le cinéma de Mejeriet nous a aussi rejoints, et puis Henrik, le nouveau chargé de communication de TransEuropeHalles qui partage son temps avec le théâtre qui travaille aussi dans nos locaux.Nous avons évoqué quelques détails pratiques, avant que Birgitta m’emmène en voiture chez Marian. 

Marian vit entre Göteborg et Lund. Sa maison est là bas, avec son ami et l’enfant qu’elle attend de lui. Mais elle loue aussi une chambre dans un grand appartement de Lund, pour les quelques jours qu’elle passe ici. C’est elle qui m’hébergera les premiers soirs, tant que ma chambre dans la maison que l’équipe m’a trouvée n’est pas libérée.

Une fois mes affaires déposées, Marian se remet en route pour aller à un cours de gym... qui n'est autre que de la gym suédoise ! Je pensais que c'était une espèce de concept marketing monté de toute pièce, mais non. On peut donc faire ici de la "gympa" qui ressemble en tout points à ce qu'on fait à Paris. Le prof au centre, les baskets, la musique "pump it up". Dès que je suis mieux installée, je m'inscris, obligée.

De mon côté, je pars directement au magazin de téléphone pour espérer avoir un smartphone qui me permettrait de communiquer plus facilement avec le monde. J’y apprends que je ne peux pas avoir d’abonnement tant que je n’a pas de numéro d’identification en Suède. Et que mon numéro provisoire ne suffira d’ailleurs peut-être pas…  Première difficulté. Comme quoi, je ne voulais pas avoir ces créatures de l'Enfer avec moi, et au moment où je craque, c'est le Diable qui ne veut pas de moi. Super.

Un peu dépitée, je fais un saut à la maison et repars avec mon ordinateur squatter la terrasse du Herkules, où j’avais bu des bières l’année dernière avec un cycliste rencontré dans l’auberge de jeunesse dans laquelle je dormais. J’avais passé deux nuits à Lund, dans cette auberge installée dans un train ancien abandonné près de la gare. Il y avait très peu de monde, et j’avais fait la connaissance de ce jeune homme dont j’ai complètement oublié le nom, et puis d’une Italienne qui venait s’installer en Suède pour exercer comme dentiste. Nous avions bu des coups en regardant de loin un groupe de chants traditionnels jouer sous la pluie devant une foule déchainée de cinq personnes. Le lendemain, nous étions revenus ici sans la dentiste, et avions fini par quitter le bar en volant les verres pour les finir sur la route. En rentrant, il m’avait proposé de passer la nuit avec lui. Proposition poliment déclinée cela dit. Mais comme il a dit « ça valait le coup d’essayer ». Sur des couchettes qui font la taille d'une demie personne, faut être optimiste quand même.

Je me suis donc retrouvée sur cette terrasse, à boire une bière en solo devant mon ordinateur. Je voulais parler à Nyamuk, mais il n’était pas disponible. Je n’ai pu échanger que quelques mots avec Matthieu, le temps de lui dire que j’étais dévastée. Je suis ensuite allée au supermarché acheter un plat tout préparé de boulgour avec du saumon. En marchant dans les rues, je me suis souvenue à quel point j’avais aimé cette ville en la visiant l’année dernière. Ses grandes rues pavées, bordées de petites maisons. Ses magasins vintage, ses petits cafés. Les grands parcs et le jardin botanique. L’impression de respirer, de voir le ciel, d’avoir de la place. Après vingt-cinq ans à Paris, je crois que j’avais besoin d’un peu d’espace pour m’épanouir.

J’ai enfin pu parler à Nyamuk, plus tard dans la soirée. Les larmes sont revenues, bien sûr, mais je reste confiante. J’ai commencé à barrer les jours sur le calendrier jusqu’au jeudi 23 août, date des retrouvailles.

Marian s’est couchée très tôt, alors je l’ai suivie. Je pensais ne jamais m’endormir, vues mes habitudes plutôt tardives, mais j’ai eu recours à ma bonne vieille technique de me raconter des histoires, et le problème a été réglé.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire